Niki de Saint Phalle, Nana, 1967. Collection La Petite Escalère. Photo (c) MartineFougeron.

La restauration de la fontaine de Niki de Saint Phalle à La Petite Escalère

Restaurations - Mai - août 2017
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De mai à août 2017, La Petite Escalère met en œuvre la restauration d’une œuvre majeure de sa collection, Nana, 1967 de Niki de Saint Phalle. Après 30 ans dans la jardin, cette fontaine, une des premières Nana de l’artiste nécessite une restauration de sa polychromie et de son système hydraulique.

Suivez le journal de bord de la restauration, étape par étape…

Phase 1 : Nettoyage et constat

L’équipe de restauratrices du patrimoine réunit des restauratrices diplômées spécialisées dans la restauration d’œuvres de Niki de Saint-Phalle et/ou d’art contemporain. Ceci permet une expertise approfondie de la Nana, un croisement des données et une transmission des savoirs.
L’intervention des restauratrices a débuté par une étude préalable. Celle-ci comprend :

– une recherche historique sur l’artiste, les méthodes de fabrication et les œuvres similaires. Nous nous sommes mises en contact avec des restaurateurs ayant traité des œuvres similaires et avons fait des recherches sur le fabricant.
un état des lieux des conditions environnementales dans laquelle l’œuvre était exposée : situation géographique et physique, exposition au soleil, à la pluie, variations de température et d’humidité, et végétation environnante ;
– un bilan sanitaire de la sculpture : développement de microorganismes, mousses, escargots, etc. ;
l’analyse par un laboratoire spécialisé de prélèvements effectués sur la sculpture. Ils permettront de déterminer la nature des matériaux en présence et d’ainsi choisir des traitements de restauration adaptés ;
– un constat d’état détaillé qui permet d’obtenir une vision globale et précise des altérations sur la sculpture. Les restauratrices ont réalisé ce constat sur tablette numérique afin de faire des relevés directement sur des photographies de la sculpture.

Cette étude préalable a permis d’orienter les choix dans les interventions de conservation-restauration dont la première a été le nettoyage de la sculpture après des tests préalables.

Phase 0 : Sortie du bassin et séchage

La fontaine de Niki de Saint Phalle Nana sur grand oiseau est posée dans un bassin rempli d’eau et abrité à l’ombre des arbres. Afin de pouvoir effectuer les interventions de conservation-restauration, il était nécessaire de démonter la sculpture dans le but de la faire sécher et de pouvoir pratiquer les traitements dans un milieu à l’abri des intempéries. La Nana sur grand oiseau a ainsi été démontée sous la supervision de Julia Becker, nettoyée à l’eau afin de retirer l’encrassement superficiel puis transportée. Durant les deux semaines qui ont précédé l’intervention des restauratrices du patrimoine, la sculpture a été stockée dans un local pour son séchage.

  • Nana dans son bassin à La Petite Escalère, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

  • Julia Becker et Gilbert Carty, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

  • Préparatifs pour l’enlèvement de la sculpture, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

  • La sculpture sortie du bassin, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

  • La structure intérieure de l’œuvre, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

  • Les pieds de l’oiseau, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

  • Nana terrassée, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

  • Julia Becker prépare une structure de transport, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

  • Avec les jeunes de l’Hopital de Jour du CH Côte Basque. Photo Barbara Fecchio.

  • Nana s’en va, mai 2017. Photo Barbara Fecchio.

L’artiste

Plasticienne, peintre, sculptrice et réalisatrice de films, Niki de Saint Phalle (1930-2002) est surtout connue pour ses célèbres Nanas et ses installations dans l’espace public.
Sujet d’une importante rétrospective en 2014 au Grand Palais qui a voyagé au Guggenheim Bilbao au printemps 2015, Niki de Saint Phalle, dont l’œuvre s’impose par sa radicalité, son engagement féministe et politique, est enfin reconnue aujourd’hui comme une artiste majeure du 20ème siècle.

L’œuvre

La Nana montée sur un oiseau de La Petite Escalère est une fontaine en résine polychrome réalisée par Niki de Saint Phalle en 1967.
Cette sculpture monumentale est par bien des aspects emblématique de l’œuvre de Saint Phalle : elle est d’une part l’une des premières œuvres de la série des Nanas, ensemble de personnages féminins au corps épanoui et plantureux que Niki de Saint Phalle commence dès 1965 et poursuivra toute sa carrière.
Elle appartient d’autre part au bestiaire imaginaire de l’artiste, récurrent dans son travail monumental comme dans ses dessins et écrits. Il s’agit d’un mélange hétéroclite d’animaux communs et magiques, bienveillants et monstrueux, nourri d’influences multiples – les cultures anciennes, l’art Roman, les monstres de Bomarzo, le Palais Idéal du Facteur Cheval ou le cinéma et les comics américains.
La présence enfin de cette œuvre dans le jardin de La Petite Escalère répond au rêve de l’artiste de permettre un dialogue entre l’art, l’homme et la nature :

En 1955 je suis allée à Barcelone (…) C’est là que j’ai vu le magnifique parc Guëll de Gaudi. J’ai rencontré à la fois mon maître et ma destinée. J’ai tremblé. Je savais qu’un jour, moi aussi, je construirais un jardin de joie. Un petit coin de paradis. Une rencontre entre l’homme et la Nature.
Niki de Saint Phalle, Le jardin des Tarots, Berne, 1997

Les matériaux

Niki de Saint Phalle voulait réaliser des sculptures monumentales « comme les hommes ». Le polyester va lui donner les moyens de cette ambition tout en lui permettant de fabriquer des œuvres pour l’extérieur.
Ainsi, dès 1967 et jusqu’en 1972, année à partir de laquelle elle confiera la fabrication et la reproduction de ses sculptures à un atelier, l’artiste réalise elle-même ses premières œuvres à partir de blocs en polystyrène expansé découpés et assemblés sur une structure en métal montée par son mari, l’artiste Jean Tinguely. Après égalisation des raccords, des couches de résine de polystyrène sont appliquées au pinceau. Les passages durcissent la surface en la rendant lisse et imperméable. L’œuvre peut alors être peinte.
C’est ainsi qu’a été fabriquée l’œuvre qui se trouve à LPE depuis le milieu des années 1990.

Les enjeux de la restauration

Après près de 30 ans en extérieur, cette œuvre nécessite aujourd’hui une restauration importante.
Si sa structure en résine n’est pour le moment pas en danger, la surface montre de nombreuses griffures et abrasions, la peinture est usée, fragile et se fissure, et le système hydraulique nécessite une mise à jour. Il s’agit donc de nettoyer l’œuvre, reprendre la polychromie d’après la polychromie d’origine et appliquer une couche de protection de la surface afin de protéger la structure et d’éviter des fissures plus sérieuses. Puis de mettre à neuf le système hydraulique avec de nouveaux matériaux plus adaptés aux conditions du jardin.

La restauratrice

Julia Becker est conservatrice-restauratrice d’objets en bois et en matières plastiques. Elle est installée à Nantes depuis 2011. Elle intègre un stage universitaire de six mois en 2001 à l’Institut National du Patrimoine – département des restaurateurs (Paris) et obtient son diplôme de conservatrice-restauratrice de l’Institute of Conservation Sciences (Cologne, Allemagne) en 2005. De 2005 à 2010, elle exerce en tant que conservatrice-restauratrice indépendante en Allemagne et en France. Depuis 2010, elle est diplômée du Master of Arts in European Cultural Heritage de l’Université Européenne Viadrina (Francfort sur Oder, Allemagne).
En 2014, dans le cadre d’un partenariat pédagogique entre La Petite Escalère et le département des œuvres sculptées de l’Ecole Supérieure des Beaux arts de Tours, elle met en œuvre, avec 9 élèves de 4ème année de l’Ecole, la restauration d’une œuvre de Federica Matta faisant partie de la collection de La Petite Escalère, La Maison des enfants, 1994. Julia Becker est enseignante depuis 2016 dans ce département, seul programme en France uniquement dédié à la restauration-conservation des œuvres sculptées.